Annie Richard

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L’autofiction et les femmes, Un chemin vers l’altruisme ? Par Annie Richard, Editions L’Harmattan

Universitaire et écrivaine Annie Richard est présidente de l’Association Femmes-Monde, qui reçoit un dimanche par mois à La Coupole,  boulevard Montparnasse, une femme artiste des différents continents. Son travail remarquable, est inlassable, chaleureux et source d’inspiration. Annie Richard s’intéresse particulièrement à la création des femmes : spécialiste de Gisèle Prassinos, commissaire de l’exposition qui lui a été consacrée à Paris en 1988 et à Washington en 2001, elle a publié de nombreux travaux sur les artistes contemporaines francophones, notamment dans le domaine de l’autofiction.

Aujourd’hui Annie Richard publie aux Editions l’Harmattan un essai passionnant intitulé   L’autofiction et les femmes, un chemin vers l’altruisme ?.

Selon Annie Richard, Christine Angot, Chloé Delaume, Camille Laurens, Catherine Millet , Sophie Calle, tous ces noms ont un parfum de scandale : écrivaines ou plasticiennes « obscènes » qui ont pour la plupart maille à partir avec les autres voire avec la justice, attachées à un genre sulfureux « l’autofiction », cette forme d’autobiographie contemporaine qui se permet de mettre en évidence la fiction, au sens de construction et d’invention, inhérente à tout récit de soi.

Pratique donc d’un égocentrisme tyrannique, selon l’accusation dont elle est l’objet, renouvelée récemment par de retentissants procès ? Pas du tout : cet essai vise à rendre à l’autofiction, sa spécificité noyée dans un emploi abusif du mot. On ne peut parler d’autofiction que si la narration met explicitement en évidence le caractère romanesque et profondément subjectif de l’histoire que chacun raconte de sa propre vie.


Le fameux pacte autobiographique qui engage le lecteur à ajouter foi au vécu du récit rapporté en est profondément modifié : après la psychanalyse, la vérité des souvenirs, des sentiments, des faits même, foncièrement mouvante et problématique et l’image du moi qui en résulte ne peut plus être légitimement, comme le pensait Rousseau, imposée à autrui. Dès lors, l’accueil du lecteur, sceptique, irrité, compatissant comme tout interlocuteur dans la vraie vie, peut seul fonder ce que je suis  Raconter son histoire, tout en la sachant unique et incommunicable, est un appel à sortir de soi pour trouver des territoires communs avec l’autre, s’interroger ensemble sur la réalité des choses humaines : l’autofiction est avant tout non une ego-fiction mais une alter-fiction.


Les femmes ont leur mot à dire, particulier, privilégié, dans ce domaine, elles dont on n’a pas cessé dans tous les temps et toutes les civilisations, de donner des définitions : « Une femme avec personne dedans » selon le titre d’un livre de Chloé Delaume, tel pourrait être, par et au-delà de la littérature, le mot d’ordre de l’autofiction des femmes, libérateur de la fièvre identitaire actuelle qui agite communautarismes et clivages de genre.

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 CLAUDINE MONTEIL