Introduction (extrait)

Introduction parue dans Simone de Beauvoir, côté femme, cinquante histoires.

Timée-Editions, Paris, 2006. Ouvrage publié avec des photos. ISBN 2-9155586-42-X.

(Reproduction de ce texte avec l’autorisation de Timée-Editions)


Ecrivaine, philosophe et compagne de Jean-Paul Sartre, Simone de Beauvoir a lutté sa vie durant contre les injustices, les intolérances, pour les droits des femmes et la dignité humaine.

Née le 9 janvier 1908 à Paris dans une famille aristocratique ruinée, la jeune femme est une brillante élève de l’enseignement catholique, puis de la Sorbonne laïque. Très tôt elle perd la foi. L’année de sa réussite à l’agrégation de philosophie, elle rencontre le normalien Jean-Paul Sartre, de trois ans son aîné.

Simone de Beauvoir applique aussitôt ce que Sartre nommera l’existentialisme. Avant-guerre, il s’agissait d’abord d’une liberté individuelle qui n’impliquait pas d’engagement dans la cité. Simone de Beauvoir écrira plus tard dans ses mémoires qu’ils ne furent pas conscients des dangers du fascisme et des totalitarismes.

La deuxième guerre mondiale, leur séparation forcée, furent pour eux un électrochoc. L’Invitée, son premier roman publié en 1943, témoigne de la nécessité de l’action. A la fin de la guerre, cet engagement devient politique. Il implique alors la solidarité, la lutte contre les racismes, le sexisme, les injustices, les dictatures. En 1945, alors que Sartre effectue une tournée et des reportages aux Etats-Unis, elle prépare la parution du premier numéro de la revue Les Temps Modernes qui sera le prolongement de cette action dans le monde des idées.

Le Deuxième Sexe, publié en 1949, dénonce les injustices faites aux femmes et provoque un énorme scandale. Il demeure un des ouvrages les plus traduits dans le monde. Vingt et un ans plus tard Simone de Beauvoir fonde le Mouvement de Libération des Femmes en 1970. Elle participe à toutes les actions féministes qui brisent les tabous et changent la société. Grâce à son action, la loi sur l’Interruption Volontaire de Grosesse (IVG), que défend Simone Veil à l’Assemblée Nationale, est enfin votée. Afin de briser les murailles du code Napoléon, Simone de Beauvoir fonde la Ligue du Droit des Femmes et participe à l’association de l’avocate Gisèle Halimi « Choisir ». Elle soutient le travail d’Yvette Roudy, alors ministre des droits des femmes de François Mitterrand, qui deviendra son amie et qu’elle défend jusqu’à son dernier souffle, en avril 1986.

Son activité politique ne se limite pas au féminisme. Elle lutte, avec Jean-Paul Sartre, pour l’indépendance de l’Algérie au péril de sa vie. Par crainte d’attentat elle quitte son appartement (celui de Sartre est plastiqué), et vit dans une quasi clandestinité pendant près de deux ans. Elle s’engage aussi dans la lutte pour la décolonisation. S’oppose à la guerre du Vietnam et participe au tribunal Russel composé d’intellectuels dénonçant les crimes américains commis en Indochine. Affirme son attachement à Israël et milite en même temps pour un rapprochement entre Israéliens et Palestiniens. Appuie la jeunesse de mai 1968 et sa soif de liberté. Fonde et soutient avec Sartre en 1969 le journal « Libération ». Les différents tomes de ses Mémoires restent des témoignages précieux de l’histoire des luttes sociales et politiques du XXème siècle.

En 1970 Simone de Beauvoir publie La Vieillesse qui brise le silence de la société sur le sort des personnes âgées. Une mort très douce, relatant la fin de vie de sa mère, est encore aujourd’hui un brûlot. La prise en compte de la douleur physique et la dignité des derniers moments de la vie ne seraient pas sans elle devenues des préoccupations d’aujourd’hui.

Son empreinte est chaque jour plus visible. Les traductions et parutions incessantes de ses livres en témoignent. C’est en ce sens que l’on peut parler de l’actualité de Simone de Beauvoir. D’une écriture claire refusant les compromissions elle a donné un sens à l’engagement dans la cité: « Oui, on peut changer le monde » disait-elle volontiers. C’est ce qu’elle a accompli et continue d’accomplir.

Simone de Beauvoir donne le goût de l’action. Son œuvre et sa vie sont des antidotes au renoncement et à l’indifférence qui minent la cohésion sociale. Son éternelle jeunesse raconte une histoire vraie parce qu’il touche et notre quotidien et nos espoirs d’une vie plus juste.

 CLAUDINE MONTEIL